Peppino

Publié le par Alex Sylve

Comme les histoires de la mère Ubu sont toutes véridiques, je m’dis qu’y arrivera bien un jour que la mère Ubu sera à sec. Parce qu’avec l’imagination, on peut toujours inventer, créer, mais les vérités ubuesques, il faut les vivre. Certes, de nos jours, les situations tordues abondent toujours plus ...

Aujourd’hui la mère Ubu se substitue à une de ses copines napolitaines et donc l’histoire se situe dans le plein cœur de Naples. Et bien sûr, histoire vraie de Peppino (diminutif de Giuseppe, notre Joseph !)

Ce jour-là, la mère Ubu est au lit avec une fièvre carabinée à cause d’un méchant virus de grippe qui traine à ce moment-là et cherche tout azimut à se multiplier. La mère Ubu a tenté de résister. D’abord, elle a fait comme si tout allait bien. La tête lui tournait un peu, la gorge commençait à la gratouiller et elle avait l’impression de peser plus lourd que d’habitude, mais vaille que vaille, on n’est pas les cousins des singes pour des prunes, non ? C’est pas un virus (dont la taille je le rappelle est environ 100x plus petite qu’une cellule moyenne comme un lymphocyte –vous savez ceux qu’on vous compte sur une prise de sang quand vous êtes malade justement, et qui sont une catégorie de globules blancs-) qui va nous bouffer la vie, mince alors ! Et comment ils faisaient  les types du moyen âge qui devaient s’habiller d’armures de vingt kilos et soulever des épées de fer quand ils prenaient la grippe ? …  et leurs bonnes femmes qui devaient accoucher et faire bouffer les bêtes et préparer le repas en même temps ?

C’est un peu un mystère pour la mère Ubu, mais comme on a sa fierté, elle n’a pas trop envie de faire sa décadente du XXIeme siècle pas même capable de tenir tête à un morceau d’acide nucléique (ARN pour préciser) de rien du tout. Aussi la mère Ubu a continué son train-train jusqu’à ce que les forces la lâchent (lâchement il faut bien le dire) et brisée de honte, elle s’est réfugiée dans son lit douillet. Elle combattait donc silencieusement à grands coups de tisanes chaudes au miel, de citron pressé et de teinture mère de propolis, le virus reçu en cadeau par un admirateur inconnu.

Mais il faut avouer que la mère Ubu se sentait plutôt dans le coaltar, faible, fatiguée, abrutie par une fièvre carabinée, le nez et la gorge en feu. A demi somnolente, il lui semble entendre du bruit dans son appartement, peut-être bien aussi des rumeurs de clefs. Comme la mère Ubu vit seule elle s’inquiète un peu, mais vu son état et son mal de tête, elle se demande si elle n’a pas rêvé ou somnolé, quand tout-à-coup la porte de sa chambre s’ouvre sur un parfait … INCONNU ! La mère Ubu écarquille ses yeux pleurnichant, elle ne rêve pas, il y a un type qui est là, la main sur la poignée de porte de sa chambre et qui la dévisage lui aussi avec surprise :

 « Mais qui … qui êtes-vous ? » est la seule phrase qui réussit à faire son chemin des méninges jusqu’au larynx, et encore … elle est prononcée par une voix cassée et nasillarde que la mère Ubu ne reconnait même pas, mais c’est sans importance.

« Ben … (lire comme bain, et pas ben comme Ben Affleck ou Ben Laden) ! Peppino ! », répond l’homme avec naturel, « Bonjour, je passe juste, je m’en vais. »

Et la porte de la chambre se referme derrière Peppino et bientôt c’est la fermeture de la porte d’entrée qui retentit. La mère Ubu est plutôt interloquée, mais son cerveau embrumé n’arrive pas à raisonner. La première idée qui lui vient est que le type est un copain ou un ouvrier de son frère qui habite l’appartement à côté ; il y fait justement quelques travaux et il a aussi ses clefs. D’ailleurs, en ce moment il passe gentiment tous les soirs après son travail lui rendre une petite visite, puisqu’elle est célibataire et que la solitude dans la maladie est lourde même pour un adulte vacciné et tatoué. Mais cette interprétation ne satisfait que moyennement le cerveau de la mère Ubu qui décide de se lever. Elle arrive tant bien que mal en se trainant dans sa pièce principale, bien sûr le type n’est plus là, mais il y a autre chose en revanche …. Une chose qui crève la vue, il y a un grand VIDE sur la table, là où trônait l’ordinateur de la mère Ubu ! 

Je vous passe la suite, téléphone au frère, serrure même pas forcée (passe-partout probables), téléphone à la police (qui dit de venir déposer plainte quand elle ira mieux) …. Et toujours cette crève qui tiendra encore pour quelques jours la mère Ubu dans son lit, mais après avoir fermé à double-tour verrous et serrure, et en y laissant la clé à l’intérieur en position de bloquer toute entrée possible. Tant pis, elle se lèvera pour ouvrir à son frère !

Enfin, la mère Ubu rétablie, elle sort de chez elle et se rend chez les flics. Après sa déposition détaillée, les agents lui montrent une photo.

« Oui, c’est lui ! »  s’écrie la mère Ubu.

« Donc c’est bien Peppino ! », répond en cœur la police, « Alors c’est bon ! Lui, il n’est pas méchant ! Il est tranquille, il n’y a jamais eu de problèmes avec Peppino ! »

Ils sont là, calmes, à rigoler et à se rappeler d’autres aventures du fameux Peppino, tout en lui disant qu’elle a eu de la chance, que Peppino est un brave type.

Ça fait un peu bizarre à la mère Ubu à dire vrai… il a beau représenter le maximum de sympathie pour la police, ce Peppino, il est quand même entré chez elle pendant qu’elle dormait à moitié ! Il faut reconnaitre qu’il a été bien poli …. mais il lui a tiré son ordi, et ça, ça ne s’oublie pas comme ça !!

Quelques semaines plus tard, la police prévient la mère Ubu qu’elle a intercepté Peppino et récupéré l’ordinateur. Ils lui demandent aussi si elle veut maintenir sa plainte avec des airs pas du tout convaincus. On voit qu’ils sont affectionnés à Peppino, et puis ils lui ont fait jurer qu’il ne recommencera pas et qu’il n’entrera plus chez elle. Alors la mère Ubu bonne fille ne sait pas si elle fait bien ou mal, mais elle va retirer son bien et sa dénonciation. De toute façon dans un siècle, qui s’en souciera, et même dans une décennie d’ailleurs.

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