Le Baccalauréat France/Italie.

Publié le par Alex Sylve

Malgré la chaleur, entre le coloriage de ses ongles et une dépilation (et oui, c’est l’été et ce n’est pas vraiment comme quand la mère Ubu habitait en Allemagne … là-bas, elle pouvait se permettre de laisser croître à leur aise ses poils de jambes qui lui rappelle ses cousines aimées les guenons, et se sentir pleinement intégrée dans la société, ici dans son village du sud italien, elle serait paria, peut-être même identifiée à tort saphiste …), la mère Ubu a rédigé diligemment son essai sur le baccalauréat.

Oui, c’est de circonstance, une petite histoire sur cet examen qui pétrifie de trouille la plupart des élèves, même si on me dit que aujourd’hui, ce n’est pas comme hier, tout le monde l’a ce foutu bac etc…. toujours les mêmes fariboles sur hier mieux que aujourd’hui, qui mieux que demain … pauvre demain.

En tout cas, en France, ça se passe encore comme d’antan, pour certaines épreuves on se retrouve dans un autre lycée que le sien, avec des tas d’autres élèves inconnus, eux aussi terrifiés, qui n’ont rien avalé de leur petit déjeuner, et dont le nom de famille commence par les mêmes lettres que le vôtre. Pas de potes dans les environs, pas de possibilité de copier. Rien à faire, on découvre ce jour-là, ce que c’est la solitude. Et puis arrive un surveillant qui ne connait rien à votre matière ; des feuilles blanches et de brouillon ; on pose sa montre et ses crayons sur la table ; une enveloppe est ouverte au moment du gong, comme il s’en ouvre au même instant des centaines dans toute la métropole ; et enfin on planche pour une heure ou deux, ou on pleure sur le destin implacable qui met devant nos yeux les sujets de nos rares impasses pourtant savamment calculées ou bien indiquées par un collier qui nous a servi de pendule de sorcière pendant nos révisions. Ensuite, le fruit de nos cogitations et de notre savoir assidûment gagné, sera consigné au hasard à un prof de l’académie, inconnu de nous comme nous le sommes de lui, et qui le jugera avec toute son inflexible sévérité et impartialité.

Mais ce jour-là on a grandi : on a changé de lycée (et on y est peut-être même allé tout seul avec les transports en communs), de potes, on a fait SEUL son devoir, on a senti monter l’adrénaline et accélérer sa respiration. On s’est senti vivant.

Et peu après, on saura le cœur battant, si on a passé ou échoué son bac. Et si on a fait un cursus lycéen médiocre, qu’on perd ses moyens avec le trac, on peut avoir la mauvaise surprise de devoir retourner frotter ses fesses sur les bancs du lycée l’année d’après.

Comme la mère Ubu vit en Italie, elle a parlé avec la fille d’une amie qui passe son diplôme de fin de lycée, elle aussi cette année. Là, le diplôme on l’appelle « la Maturité » ! Faut bien avouer que ça en jette plus que le Bac, parce que en français, ça résonne genre bac à lessive, ou pire le bac à sable des rejetons de l’école maternelle. Tandis que chez nos frères ritals, on change de grade avec « La Maturité » !

Mais sauf que ça ne se passe pas vraiment comme chez nous. D’abord les élèves restent dans leur lycée et même dans leur classe, à côté de leurs copains. Ce n’est pas le palpitant de se retrouver tout seul à trente kms de chez soi entouré d’inconnus. Bof, finalement « La Maturité » ça ressemble à une interro en un peu plus sérieux.

On est surveillé par un prof qu’on ne connait pas (quand même !), qui sera celui qui va corriger vos copies. Donc s’il vous voit faire le zouave ou que votre gueule ne lui revient pas –du genre que vous avez par hasard quelques expressions de sa belle-mère ou la même coupe de cheveux (aujourd’hui rien de ce genre n’est impossible), si vous êtes une fille, ou que vous lui rappelez un ancien collègue qui lui a soufflé toutes les classes sympas car c’était l’amant de la directrice et il vous a fait refiler toutes les classes pourries du lycée, si vous êtes un mec-, pas très bon pour votre note, vous risquez d’être saqué sans même savoir pourquoi.

L’amie de la mère Ubu est au lycée scientifique, et les matières scientifiques sont donc importantes, même si, autre différence avec la France, il n’y a pas de coefficients de pondération, et il faut une note de 6/10 dans chaque matière pour gagner sa « Maturité » et non une moyenne générale.

Donc, l’autre jour, elle passait son examen de math et elle m’a expliqué très simplement qu’il y avait un problème sur 4 points plus 6 questions (chacune sur un point j’imagine) et que le problème était infaisable ! La mère Ubu a été surprise qu’on donne un problème infaisable à un examen de lycée (on sait que ça peut être le cas pour le Capes ou l’Agreg. de math en France, mais bon, là, il s’agit de sélectionner des profs !), et d’ailleurs le prof dans la salle a dû nous aider, a ajouté la lycéenne italienne. Ah tiens, ça a commencé à faire bizarre à la mère Ubu toutes ces différences de comportement dans une même Europe avec des gamins qui vont ensuite s’éparpiller possiblement dans les mêmes universités. Alors, montant sur ses grands chevaux, elle a répliqué comment et pourquoi et c’est injuste, car les très bons élèves pourraient faire une partie du problème et les nuls rien du tout, bref elle a aussi raconté comment se passe le bac. C’est alors que la gamine lui répond que premièrement, tous ceux qui sont arrivés en terminale sans se faire jeter avant auront leur maturité et qu’elle n’a jamais entendu parler de quelqu’un qui ne l’aurait pas eu (ah bon ?!?); et que deuxièmement le prof qui les surveillait a fait le problème au tableau et que toute la classe l’a recopié !!! Et oui, parole d’honneur, la mère Ubu ne vous ment pas ! D’ailleurs elle est tombée de haut et heureusement qu’elle n’est pas trop lourde sinon elle se serait cassé les deux jambes. Voilà 4 points bien facilement gagné … ah si les lycéens français lisent cet article, ils vont surement faire la grève pour que le Bac s’inspire de la « Maturité », heureusement que je n’ai pas beaucoup de lecteurs, sinon il y aurait la révolution des lycéens.

Ensuite on se demande pourquoi c’est la merde dans la patrie de Leonard de Vinci (certes, c'est aussi la merde de partout ailleurs) !! Filer un problème infaisable pour que ce soient les profs qui le résolvent et qu’ils se notent donc eux-mêmes, puisqu’ils corrigent les copies de la classe assignée, c’était le dernier potin ubuesque de la saison.

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vincenzo 08/07/2015 20:03

Arretons arretons avec ces formalités, ce n'est qu'un examen....

Sylvie 08/07/2015 23:24

L'Italie a parlé ....

Ghislaine Guibert 08/07/2015 14:06

On en apprend de bien belles avec toi Mère Ubu. Quelle absurdité en deçà et au delà des Alpes, avec une nuance dans l'absurdité. D'un côté les profs se notent eux-mêmes, de l'autre on condamne l'élève à l'exil. Mais qu'il est difficile d'évaluer le travail de toute un année ! Coute que coute ça se fera au mépris de la justice. Ceci dit, n'exagérons rien. ça se fait quand même, ça laisse des souvenirs et on tourne vite la page...

Sylvie 08/07/2015 23:24

Oui, une fois que l'eau a bien coulé sous les ponts... restent des souvenirs pas si mauvais en général, et parfois des regrets